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E. Übertragung
E.5. La greffe artistique. Iconographie, anthropologie et restauration de l’intégrité corporelle

Cette recherche se propose d’approcher avec les instruments de l’histoire de l’art et des images, élargis à un contexte pluridisciplinaire, l’imaginaire de l’intégrité corporelle par rapport à une conception de l’organisme humain en tant qu’unité multiple, à la fois détachable et recomposable. L’étude de la dialectique entre le « tout » et ses parties dans la représentation visuelle européenne du corps en sera le point central, à partir duquel trois voies parallèles seront développées.
(1) La première d’entre elles concerne l’iconographie sacrée et scientifique de la greffe à l’aube des temps modernes. Une étude analytique portera notamment sur le miracle connu sous le nom de Miracle de la « jambe noire », durant lequel les saints Côme et Damien auraient soigné la jambe d’un malade à l’aide d’une nouvelle provenant du corps d’un « Ethiopien » décédé. Ce sujet apparaît visuellement vers 1370 sur la prédelle du retable des Saints Côme et Damien du Maître de Rinuccini (Raleigh, North Carolina Museum of Art), première représentation qui initiera une série d’images similaires principalement dans l’Italie du XVème siècle, pour ensuite s’étendre en Espagne, en Allemagne et dans les Flandres au XVIème siècle. Parmi ses représentants les plus célèbres, citons le Miracle de la jambe noire de Fra Angelico (vers 1438-40, Museo di San Marco, Florence), dont le caractère gracieux, spirituel et intemporel s’oppose à la Charité des saints Côme et Damien d’Ambrosius Francken (vers 1580-90, Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten), scène crue et puissante évoquant un acte chirurgical réel. Dans les deux cas, le contraste varié entre noir et blanc élabore un jeu chromatique saisissant, lié aussi bien au domaine médical que religieux, qui développe dans d’autres peintures au thème homonyme un vaste répertoire iconographique méritant une analyse poussée. Outre ses portées scientifiques (il s’agit du premier cas de greffe connu) et éthique (modifier l’intégrité corporelle est un tabou du christianisme), le miracle de la jambe noire questionne également la notion d’altérité raciale des ses protagonistes, au caractère souvent péjoratif mais parfois métaphorique. Ce triple enjeu (scientifique, éthique et anthropologique) sera mis en parallèle avec les conceptions raciales de la Renaissance et abordera une étude des premiers manuels de chirurgie, posant le problème de la représentation graphique confrontée aux explications théoriques. Seront également étudiés les enjeux socioculturels qui conditionnèrent l’émergence, le développement et la quasi-disparition de ce miracle dans un laps de temps défini (le XVème et le XVIème siècle), ainsi que les raisons qui poussèrent les artistes à privilégier l’aspect anatomique ou spirituel de leurs œuvres.
(2) Dans la seconde partie du travail sera approché l’imaginaire du membre humain dissocié de son support, à travers des ex-votos. L’ex-voto, intégré aux manifestations religieuses et au pèlerinage dans la tradition chrétienne, prend souvent la forme de figures ou de plaquettes représentant le ou les parties du corps sauvées par intercession divine. Désignés comme ex-votos « anatomiques » dans la typologie de ces-derniers, ils dissocient le corps sain du corps malade. Ils acquièrent ainsi une singularité qui les rapproche visuellement d’un élément nouveau ajouté à l’ancien. Attestés dès le Haut Moyen-Âge dans les recueils de miracles et les procès de canonisation, les ex-votos anatomiques se trouvent fréquemment accrochés aux représentations sculptées ou peintes de la Vierge ou des saints, ou encore sur la tombe de ces derniers. On les observe également figurés dans nombres de peintures religieuses, opérant ainsi une mise en abyme de l’objet votif à caractère artistique au sein de l’œuvre picturale. L’ex-voto, en tant qu’offrande au divin substituant son commanditaire, opère de plus un transfert symbolique de l’être humain dans un médium artistique, suscitant ainsi un processus de création unique dont de nombreuses pistes restent encore à explorer. Une large panoplie d’ex-votos (ou de mises en scène picturales d’ex-votos) attend encore d’être étudié. Ces exemples seront interrogés dans le cadre d’une rhétorique et d’une anthropologie de « l’anatomie dissociée », dont le phénomène littéraire le plus connu concerne les « blasons amoureux » fleurissant au XVIème siècle. Initié par Marot durant son exil à Ferrare en 1536, le genre poétique du blason se propose comme une joute littéraire opposant divers auteurs dans un même recueil de textes. Les blasons anatomiques du corps féminin furent complétés pas les contreblasons de Charles de la Hueterie et édités indépendamment pour la première fois en 1543. Rapidement suivis par de nouvelles éditions, leur verve parfois scandaleuse suscita un engouement considérable dans la société humaniste européenne. D’usages apposés comme illustrations aux poèmes susmentionnés, les gravures des blasons amoureux détaillent avec grande minutie les différentes parties de l’anatomie féminine, recréant ainsi un corps artificiel textuel et artistique. Suivant un ordre de description codifié dés le Moyen-Âge, ils analysent chaque membre humain, alliant plaisir littéraire, scientifique et érotique. Sera interrogé en quelle mesure la représentation picturale de la même époque offre des points de croisements et de recoupements où les vertus de l’ex-voto rencontrent la poétique du blason.
(3) La troisième et dernière partie de la recherche abordera la question des « greffes de restauration », principalement dans le cas des statues antiques redécouvertes dès la Renaissance, comme le Laocoon (IIème ou Ier siècle av. J.-C., Musée Pio-Clementino, Vatican) ou le Faune Barberini (fin du IIIème s. av. J.-C., Munich, Glyptothek). Souvent endommagées, celles-ci n’exacerbèrent pas seulement la fascination des plus grands sculpteurs italiens, mais les poussèrent également à opérer des réparations visant à rétablir l’intégrité corporelle de ces témoignages du passé. Privé de son unité anatomique, le sujet figuré ne peut prétendre à la perfection stylistique et déclenche dès lors un processus de création nouvelle visant à faire de la greffe l’ultime composante du chef d’œuvre. Loin d’être un simple complément du membre manquant, ces restaurations provoquèrent une émulation artistique dans les siècles suivant leurs découvertes. Une difficulté spéciale surgit lorsque le membre manquant est découvert pendant des fouilles archéologiques postérieures. Un problème d’éthique artistique se pose alors, qui met en discussion la conception de l’œuvre d’art en tant qu’organisme vivant d’un côté et son historicité de l’autre.


Dissertationsprojekt Pierre-Yves Theler
La greffe artistique. Iconographie, anthropologie et restauration de l\'intégrité corporelle

Cette recherche se propose d’approcher avec les instruments de l’histoire de l’art et des images, élargis à un contexte pluridisciplinaire, l’imaginaire de l’intégrité corporelle par rapport à une conception de l’organisme humain en tant qu’unité multiple, à la fois détachable et recomposable. L’étude de la dialectique entre le « tout » et ses parties dans la représentation visuelle européenne du corps en sera le point central, à partir duquel trois voies parallèles seront développées. La première d’entre elles concerne l’iconographie sacrée et scientifique de la greffe à l’aube des temps modernes. Une étude analytique portera notamment sur le miracle connu sous le nom de Miracle de la « jambe noire », durant lequel les saints Côme et Damien auraient soigné la jambe d’un malade à l’aide d’une nouvelle provenant du corps d’un homme décédé. Dans la seconde partie du travail sera approché l’imaginaire du membre humain dissocié de son support, en particulier dans le cas des ex-votos anatomiques.
La troisième et dernière partie de la recherche abordera la question des « greffes de restauration », principalement dans le cas des statues antiques redécouvertes dès la Renaissance.



Prof. Dr. Victor Stoichita


Pierre-Yves Theler M.A., Doktorand